“Si j’étais en plein burn-out parental, c’était à cause de mon conjoint” – .

“Si j’étais en plein burn-out parental, c’était à cause de mon conjoint” – .
“Si j’étais en plein burn-out parental, c’était à cause de mon conjoint” – .
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« Nous ne naissons pas mère, nous le devenons. « C’est parce que ce chemin vers la parentalité est parfois semé d’embûches qu’en 2019, la journaliste sportive Clémentine Sarlat a créé le podcast « La Matrescence » (contraction des mots « maternité » et « adolescence »). Dans des entretiens au long cours, Clémentine Sarlat, elle-même mère de trois filles, accompagne avec bienveillance tous les troubles que peuvent vivre les nouveaux parents, et plus particulièrement les mamans.

Post-partum, allaitement, homoparentalité, AMP, couple après bébé… Accompagnée d’experts, elle parle franchement des difficultés maternelles et parentales. Ceux des autres mères, mais aussi les leurs. En 2021, dépassée par les tâches de son rôle de mère, Clémentine Sarlat est victime d’un burn-out qu’elle qualifie de “patriarcal”. Abordée dans un épisode de “La Matrescence” paru en juin, cette notion d’”épuisement patriarcal” a trouvé un écho auprès de nombreuses mères, qui sont également épuisées par la répartition inégale des tâches parentales au sein de leur conjoint.

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ELLE. Pourquoi parler de « burn-out patriarcal » et non de burn-out parental ou maternel ?

Clémentine Sarlat. Le burnout parental a été théorisé par Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, entre autres, deux chercheuses belges de l’Université de Louvain, que j’ai eu le privilège d’interviewer. Quand Isabelle Roskam m’a décrit ce que représentait l’épuisement parental, ça a résonné en moi. J’ai réalisé que je l’avais vécu aussi. Mais dans mon cas c’était un peu différent car je connaissais la cause de cette usure : le patriarcat et l’organisation familiale déséquilibrée chez mon partenaire, comme dans beaucoup de couples hétérosexuels.

Je me souviens particulièrement d’un épisode après la naissance de ma deuxième fille. Elle avait huit mois, essayant pour la énième fois de la coucher pour une sieste. Je n’y arrivais pas, encore une fois je prenais trois heures de congé sur ma journée de travail… Bref, j’étais vraiment à la fin de ma vie. C’est alors que j’ai eu une révélation, dans le noir, avec mon porte-bébé : si j’étais en plein burn-out parental c’était à cause de mon conjoint, car nous avions une très mauvaise répartition des responsabilités parentales. Et qu’il pouvait clairement éviter cet épuisement s’il prenait sa part dans la paternité. C’était un épuisement patriarcal, pas paternel.

ELLE. Y a-t-il eu un déclencheur de cet épuisement patriarcal ?

Clémentine Sarlat. C’était assez insidieux, ça n’a pas commencé tout de suite. Et tu ne t’en rends compte que lorsque tu as l’impression que tu vas mourir d’épuisement, lorsque tu n’arrives plus à assimiler la moindre information. Je ne pouvais plus répondre aux personnes qui me contactaient au téléphone, je ne répondais plus aux mails. J’étais en pleine saturation et surtout j’étais devenue très dure avec mes enfants, je n’aimais plus m’occuper d’eux. Tout était devenu une limitation et je pouvais vite me mettre en colère alors que je suis habituellement une personne patiente, surtout avec les enfants. Je n’avais qu’une envie : partir. Ce qui reste l’un des symptômes les plus frappants de l’épuisement.

ELLE. Vous avez trois filles, dont deux sont nées à dix-sept mois d’intervalle. Cela aurait-il pu contribuer à l’aggravation de cet épuisement patriarcal ?

Clémentine Sarlat. Dans le cas de mon partenaire, c’était tout le contraire. L’arrivée de mes deux dernières filles a fait prendre conscience à mon conjoint du déséquilibre dans la répartition de la responsabilité parentale. Pour sortir de cet épuisement, je suis parti une semaine m’entraîner, donc c’est lui qui a dû tout gérer. Puis il s’est rendu compte que c’était difficile. Quand j’ai appris que j’attendais mon troisième enfant, je l’ai prévenu que s’il ne s’impliquait pas, je ne pourrais pas venir. Il a parfaitement compris et depuis s’occupe de nos filles autant que moi.

Je sais bien que j’ai de la chance, car beaucoup d’hommes ne font jamais leur part des tâches ménagères et familiales. Et puis ce sont les femmes qui se retrouvent à tout gérer quand elles ne peuvent plus.

ELLE. Comment avez-vous abordé ce sujet délicat avec votre conjoint ?

Clémentine Sarlat. Je lui ai juste dit qu’il allait paniquer. Il y a eu un moment terrible où j’ai eu envie de frapper ma fille, je le dis très clairement car ça peut arriver à n’importe qui. Je lui ai immédiatement envoyé un message pour le prévenir et lui faire savoir que cette situation n’était plus possible. C’était tellement opposé à l’éducation que je voulais donner à nos enfants qu’il fallait absolument rééquilibrer les choses. Je ne voulais pas devenir un père violent.

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Ce qui m’a aussi sauvé, en plus de cette formation, c’est que nous sommes ensuite partis tous les quatre en vacances. C’était difficile pour lui mais pour moi c’était un rythme beaucoup plus cool car nous étions deux adultes à nous occuper des enfants. Et puis, à la rentrée, ma deuxième fille est restée, ce qui m’a enfin permis de dégager du temps pour travailler.

J’en ai parlé aussi dans “La Matrescence”, mais avec Clément mon mari, nous avions initialement fait un deal que je pouvais rester avec ma fille jusqu’à ses 1 an, mais qu’il devait s’occuper d’elle un jour par semaine. Cependant, il n’a pas honoré sa promesse. Et j’ai calculé : c’était au total cinq semaines de travail qu’il m’avait volées. Je lui ai donc demandé de me rembourser ces semaines par une compensation financière. Je n’ai aucun problème à en parler. Nous, les femmes, devons vraiment arrêter de travailler gratuitement pendant que la carrière de nos conjoints décolle. Bien qu’il ait trouvé cette demande étrange au début, il a fini par comprendre ma démarche lorsque nous en avons discuté et l’a respectée. Pour moi, c’était une décision juste.

ELLE. Aviez-vous des ressources à votre disposition pour vous aider à mettre des mots sur ce que vous viviez ?

Clémentine Sarlat. Je savais très bien ce qu’était le burnout pour avoir interviewé des experts pour « La Matrescence », j’ai aussi fait des tests en ligne… Par contre, une fois identifié ce qui se passait, je suis allé voir un psychologue pendant plusieurs semaines, qui a confirmé le diagnostic et m’a expliqué que ce que je ressentais était normal.

ELLE. Pourquoi avez-vous décidé de parler de cette usure patriarcale dans un épisode de « La Matrescence » ?

Clémentine Sarlat. J’ai commencé à en parler sur les réseaux sociaux en juin 2021 et il m’a fallu un an pour sortir l’épisode car je voulais prendre du recul. C’était aussi possible parce qu’aujourd’hui je suis dans un rapport équilibré avec les tâches des parents. Je voulais montrer qu’il était possible de changer, d’inverser la tendance. Et ce n’est pas perdu !

ELLE. Quelle a été la réponse des auditeurs ?

Clémentine Sarlat. Le jour où j’ai parlé d’épuisement patriarcal sur les réseaux sociaux, j’ai littéralement reçu des milliers de réponses, c’était incroyable. Tant de femmes m’ont dit merci d’avoir mis un mot sur ce qu’elles vivent au quotidien. Et je savais qu’il était important d’en parler car ma parole, malheureusement, a de la valeur parmi les hommes pour une raison très cachée. En tant que journaliste sportif, j’ai été vu parler à la télévision de choses qui sont normalement considérées comme masculines. Alors elles se disent que je suis légitime pour leur parler de choses « féminines ». Je suis très conscient d’avoir une responsabilité à cet égard. Et je suis aussi très heureuse de faire avancer les choses à mon niveau, d’entamer des discussions en couple.

ELLE. C’est donc un problème systémique… Que faut-il faire pour que cela change à long terme ?

Clémentine Sarlat. En clair, le congé de paternité doit être strictement égal au congé de maternité. Jusqu’à ce que les femmes reprennent le travail, les hommes doivent aussi rester à la maison pour les aider. Il existe déjà dans certaines grandes entreprises en France, comme L’Oréal. C’est ce qu’il faut pour changer complètement la donne dans les foyers, pour que les hommes soient enfin à la hauteur de ce qu’on attend d’eux. Je comprends aussi qu’ils ne sont pas dans une société qui fait tout pour que leurs objectifs soient le travail, la carrière, la rentabilité et non la famille. Se battre au sein de son partenaire dans ces conditions est très difficile car la société n’aide pas les choses à être plus égalitaires. Quant aux hommes qui voudraient en faire plus, ils se retrouvent eux aussi piégés dans des carcans sociaux et professionnels qui les empêchent d’être aussi présents à la maison que leur conjointe.

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