Le fiasco de Winbiz pourrait entraîner la faillite d’entreprises suisses

Le fiasco de Winbiz pourrait entraîner la faillite d’entreprises suisses
Le fiasco de Winbiz pourrait entraîner la faillite d’entreprises suisses
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Les mots de Sébastien Fanti sont forts. Le délégué valaisan à la protection des données et à la transparence ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque la cyberattaque subie par le fournisseur de cloud de l’entreprise Winbiz il y a plus de deux semaines. « Nous vivons un scandale national ! », ose-t-il, dans son style si caractéristique. Il faut dire que les 50’000 entreprises, majoritairement romandes, qui utilisent ce logiciel de facturation n’ont plus du jour au lendemain accès à leurs données dans le cloud. Si personne ne peut pour l’instant dire que l’entreprise fondée à Martigny est fautive au niveau de sa défense contre le piratage, l’arrêt des serveurs peinant à redémarrer et le manque de communication soulèvent plusieurs questions.

1. Serveurs surchargés

Sur son site internet lundi soir, la firme s’est réjouie que les deux tiers de ses clients aient retrouvé leur accès au Winbiz Cloud avec récupération de données depuis le 20 novembre 2022, date d’avant la cyberattaque. «Nous travaillons actuellement à un rythme de croisière de plus de 1 000 entreprises supplémentaires par 24 heures. Nous mettons tout en œuvre pour accélérer ce processus, qui devrait être terminé d’ici la fin de cette semaine. De quoi ravir vos clients ? Pas vraiment.

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“La réalité est bien différente”, explique Florent Coubès, qui dirige une société d’informatique à Neuchâtel. J’ai reçu mon accès dimanche soir et j’ai pu retrouver rapidement toutes mes données. Le problème est qu’ensuite je n’ai plus pu me reconnecter car les serveurs semblent surchargés. Dans un mail envoyé à ses clients, Winbiz explique avoir basculé son hébergeur de données d’Infopro, la société suisse piratée, vers Swiss Cloud. Le magazine spécialisé ICTjournal précise que Swiss Cloud a également été victime d’une cyberattaque au printemps 2021.

Une PME vaudoise contactée par Le temps Explique avoir reçu vos nouveaux accès en fin de semaine dernière, mais n’avoir pas pu récupérer vos données. « Nous avons dû effectuer les paiements de salaire de nos employés avec les montants nets du mois dernier. Et pour les assistants, nous avons trouvé un engagement de les payer en décembre… tant que le système fonctionne à nouveau », déplore le responsable des ressources humaines.

Pour les grandes entreprises, les choses ont tendance à devenir plus complexes. Un grand syndic de la région de Morges peut en témoigner. « Nous avons environ 300 salaires à payer, nous ne pouvons pas utiliser la monétique comme le font les petites PME, c’est inimaginable. Ce qui se passe maintenant, c’est que j’essaie de me connecter vers 5h du matin, puis j’arrive à effectuer quelques paiements, jusqu’à ce que les serveurs tombent en panne vers 8h du matin. Mais cela devient fatiguant et stressant à l’approche des échéances de fin d’année », explique notre source.

2. Communication désastreuse

Et si les entreprises commencent à s’inquiéter, ce n’est pas pour rien. « Tout se passe par mail et leur service de communication est catastrophique. Avant que l’entreprise ne soit rachetée par les Français [le géant français Fiducial, détenu par le milliardaire Christian Latouche, ndlr], j’ai eu des contacts réguliers avec eux et les problèmes ont été résolus rapidement. Aujourd’hui, même pour les clients VIP, il est impossible d’avoir quelqu’un au téléphone », déplore l’informaticien Florent Coubès.

Pour aller au fond des choses, Le temps a tenté de contacter des membres de l’équipe Winbiz, ainsi que Pascal Eichenberger, le directeur général de l’entreprise. Sans résultat. Cependant, les entreprises nous ont prévenus : la seule façon d’obtenir des commentaires de leur part est par le biais d’e-mails. Faute de temps, nous avons décidé de frapper à sa porte. Le Registre du commerce indique que la société vient de quitter ses bureaux vaudois du Petit-Chêne à Lausanne (elle en a d’autres, notamment à Martigny et Genève) pour déménager aux Jordils, à proximité de Philip Morris et de la Chambre de commerce et d’industrie du Vaudois ( CVCI).

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Heureusement, Pascal Eichenberger était sur le point d’arriver à Lausanne dans ses bureaux et a accepté de nous recevoir. Un collaborateur nous a fait patienter dans une petite pièce. Devant nous, un grand espace ouvert, majoritairement vide. Les dix salariés présents répondent à de multiples mails et téléphones. “On ne s’arrête pas”, confie un collaborateur.

Enfin, à son arrivée, Pascal Eichenberger change de sujet, expliquant qu’il n’a pas le temps pour une interview mais qu’il est « content d’en donner une plus tard ». « Nous nous concentrons sur la récupération de nos services. Croyez-moi, dimanche soir à 23h15, nous étions toujours en ligne avec un client. Quant à la survie de l’entreprise, je ne m’inquiète pas du tout », assure-t-il, prenant l’exemple des nouvelles installations comme symbole d’un avenir prometteur.

3. Un avenir incertain

Cependant, certaines personnes ne sont pas d’accord. C’est le cas de Sébastien Fanti. « Pour moi, Winbiz est cliniquement mort. Après une telle perte de données et une communication aussi hautaine et fragmentée, les gens ne resteront jamais des clients. A force de camoufler les faits et de dire pendant des jours que les services seront bientôt opérationnels, la confiance est définitivement rompue. Des propos qui font écho à ceux de Florent Coubès qui s’apprête à trouver une alternative l’an prochain.

Le Valaisan estime que l’autorité de régulation doit intervenir. «La Suisse romande est partiellement paralysée et certaines entreprises risquent la faillite à cause de cela. Nous avons un délégué fédéral à la protection des données – comment est-il possible que ses services ne soient pas pleinement mobilisés ? A ma connaissance, il n’y a pas de procédure ouverte. Il s’agit d’une entreprise d’importance systémique à l’échelle romande en matière comptable et financière !

En fait, certaines entreprises se sont fiées à la Temps ils craignent pour leur survie si les services ne sont pas opérationnels avant Noël. “Le meilleur conseil que je puisse vous donner est de récupérer vos données et de changer d’opérateur avant 2023”, conclut Sébastien Fanti.

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